Les détails dans le diable

Au début des 60’s, Marvel Comics sort d’années de galère et échappe à une possible faillite grâce à une série de titres lançant une nouvelle génération de super-héros.

Le succès de comics comme les Fantastic Four et Spider-Man encourage la création de nouveaux héros comme Hulk, Thor, Ant-Man, Iron-Man, Doctor Strange etc. A la moitié de l’année 1963, Marvel a presque créé la totalité de son écurie de titres et de personnages qui feront son succès pour les décennies à venir.

Néanmoins l’annulation de la série « Hulk » incite la compagnie à avancer prudemment. La plupart des nouveaux héros sont introduits dans des séries existantes (Thor dans « Journey Into Mystery », Captain America dans « Tales of Suspense » …).

Lorsqu’elle crée de nouveaux titres, Marvel supprime préalablement des comics moins rentables. Le nombre de titres reste donc stable durant ces premières années (de 10 à 15 environ). Le manque de dessinateurs de talent capables de travailler à la « Marvel Method » (c’est-à-dire suffisamment autonome pour pondre une histoire à partir d’un script assez court pondu par Stan Lee) explique également cet équilibre forcé.


Stan Lee

En Mai 1963, deux titres disparaissent donc de la circulation : « Gunsmoke Western » et « Love Romances » pour faire de la place à deux nouveaux titres de super-héros prévus pour Septembre 1963 : The X-Men & Daredevil.

Fantastic Four et Spider-Man étant les titres les plus populaires à l’époque, Stan Lee avait prévu de lancer deux comics similaires. D’ailleurs les couvertures des # 1 des X-Men et de Daredevil se réclament respectivement des deux séries phares.
Sauf que …

Comme dit précédemment, Marvel, c’est dire Stan Lee était à court de dessinateurs pour passer à la vitesse supérieure. Il s’est retourné sans succès vers des vieilles connaissances qui avaient travaillé pour Timely/Atlas comme Syd Shores, John Romita et Carl Burgos. <1>

Stan réussit malgré tout à convaincre le vétéran Bill Everett, créateur entre autre de Namor the Submariner, de bosser sur le « cousin » de Spider-Man.


Bill Everett

En 1962, Bill a 46 ans et travaille comme Art Director dans le Massachussetts. Apparemment convaincu par Stan Lee, il accepte de dessiner Daredevil sans pour autant quitter son travail à Eton Paper Corporation.

Cumuler deux jobs s’avère alors fort difficile pour Everett.
“I did the one issue, but I found that I couldn’t do it and handle my job, because it was a managerial job; I didn’t get paid overtime but I was on an annual salary, so my time was not my own. I was putting in 14 or 15 hours a day at the plant and then to come home and try to do comics at night was just too much. And I didn’t make deadlines — I just couldn’t make them — so I just did the one issue and didn’t do any more” <2>

Tom Brevoort et Mark Evanier évoquent également des problèmes d’alcoolisme <3> (addiction que Bill subit depuis ses 16 ans <4>) qui n’aurait pas arrangé les choses. Malgré le retard qui s’accumule, Bill est toujours en charge du projet, bénéficiant en cela de la confiance de Martin Goodman le fondateur de Marvel.<5>

En 2005, Joe Quesada déclara même que Marvel avait perdu des milliers de dollars dans cette entreprise. <6>
“Here’s another quick history lesson. Did you know that Daredevil #1 was so late from Bill Everett that it cost the company thousands of dollars and that’s thousands of dollars in the early Sixties. “

Daredevil prend tellement de retard qu’il est décidé de créer un nouveau titre en urgence pour la date prévue de septembre (cover). (En effet, la compagnie paye la diffusion pour un nombre défini de comics qu’ils soient imprimés ou pas).
En catastrophe, Stan Lee décide de produire un titre regroupant différents héros existants (à la JLA) qu’il nomme les Avengers.

“In trying to solve this problem, Stan hit on the notion of doing a strip that brought all of the heroes together JLA-style–that would be a book that wouldn’t require any ramp-up time, because the characters (and even the villain) all existed already. So he and Jack Kirby brainstormed the first issue, Kirby drew it up hastily, Dick Ayers inked it in what looks like no time flat, and it came out the same month as X-MEN #1.” Tom Brevoort <7>

Après avoir sauvé les meubles avec les Avengers, le sauvetage de Daredevil commence. Sol Brodsky et Steve Ditko sont appelés à la rescousse pour finir les décors et personnages de fond.


Sol Brodsky / Steve Ditko / Sam Rosen / Artie Simek / Jack Kirby

La couverture est composée bricolée à partir de l’illustration initiale de Kirby du personnage et des gangsters en arrière-plan (concept drawing) avec là encore des finitions de Brodsky et Ditko. <8> Mark Evanier pense même que Sam Rosen participe également au lettrage. <9>

Le Logo est attribué à Artie Simek et le reste du lettrage de la couverture à Sam Rosen. Ce dernier serait donc à l’origine de la composition du « DAREDEVIL » qui présente de fortes ressemblances avec le logo qui apparaît sous l’ère Miller (attribué à Jim Novak) <9>

L’illustration du « corner » est reprise d’un des dessins du comics lui-même, l’évocation des titres phares de la compagnie prend une large surface (les têtes de FF sont issues du corner de leur propre magazine sauf pour l’« lnvisible Girl »). Le dessin de Spider-man parait inédit.

Les personnages de Matt Murdock, Karen Page et Foggy Nelson semblent être d’Everett (mais je peux me tromper). La couverture n’a pas vraiment marqué car je n’ai dénombré qu’une swipe par John Byrne

La clôture dans l’urgence se ressent également dans la première page de l’histoire qui reprend encore le « concept drawing » de Kirby et un titre qui non content de reprendre encore le logo de la couverture couvre presque la moitié de la page.

Curieusement malgré le retard, le lettrage initialement d’Everett a été refait par Rosen peut-être à cause de son aspect rétro pour l’époque. <10>

6 mois après la date prévue, Daredevil # 1 sort enfin le 4 février 1964 (April-cover) en remplacement de « Kathy the teen-age tornado » stoppé en décembre 1963.


« House-ad de promotion de Daredevil # – April 1964 (cover)

 

Le succès du numéro est difficile à estimer. Le courrier des lecteurs commence au # 4 et ne concerne que les réactions à Daredevil #2 ce qui peut laisser penser que le titre n’a pas déclenché les passions. Daredevil restera d’ailleurs bimestriel jusqu’en 1966 (DD #12). Contrairement à ce que craignait Stan Lee, Daredevil ne déclenchera pas de réactions hostiles de la part des aveugles <11>.

Après ce fiasco, Everett ne retravailla pas pour Marvel avant 1966. Bob Powell reprendra les rênes graphiques du personnage à pour le #2 suivi rapidement par Joe Orlando pour les # 3 et 4 puis de Wallace Wood au # 5.

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D’où viens-tu Daredevil ?

Si on lit les différents interviews de Stan Lee et de Bill Everett, il semble que l’idée de départ (en dehors de créer un second Spider-man) ait surtout été d’utiliser le nom de Daredevil.

Stan Lee avait l’air de le trouver particulier ronflant (le nombre de fois où le nom de Daredevil est mis en avant dans le #1 est particulièrement révélateur) et surtout il permettait de récupérer indirectement la popularité de son prédécesseur le Daredevil de Lev Gleason.

Justicier créé en 1940, il connaitra un grand succès en culminant à.6 millions de copies par mois Néanmoins la série fut annulée en septembre 1956 avec la liquidation de Lev Gleason.

Fin 1962, personne n’avait renouvelé le « trademark registration » pour Daredevil. Stan était parfaitement conscient de cette législation ce qui explique d’ailleurs l’utilisation rapide du nom d’Human Torch et les retours du Submariner et de Captain America dont les derniers numéros furent publiés à la fin des années 50’s. <12>

Le terme de Dare-Devil (avec tiret) sera également utilisé très occasionnellement pour le titre et le perso.
(Non content de piquer le nom du Daredevil de Lev-Gleason, son look sera également largement pompé par 3D-Man – à la base hommage au Captain .3D de Simon & Kirby)


3D-Man
Hommage au Deredevil de Lev-Gleason dans un des univers parallèles de « Mutant X »

Le terme « daredevil » (« qui ose –affronter- le diable/la mort » remonte à la fin du 18ème siècle fut utilisé comme adjectif pour de nombreux personnages ou séries.

L’utilisation du terme comme nom propre à part entière se retrouve un roman de Leslie Charteris qui conte les exploits Christopher « Storm » Arden, (« the fighting daredevil ») considéré comme l’ancêtre/prototype du Saint (Simon Templar)

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La seconde idée forte du personnage sera son handicap. Dans « Son of Origins » et FOOM # 13, Stan Lee explique que beaucoup de ses créations possédaient un talon d’Achille, un revers à leur puissance qui permettaient de pimenter les scénarios. (L’idée d’un avocat symbolisant ainsi une justice aveugle semble aussi avoir été un aspect qui plaisait à Lee).
Daredevil n’est d’ailleurs pas le premier héros de Marvel puisque Stan et Jack Kirby avaient déjà introduit le Mole-Man et surtout Alicia Masters la sculpteuse aveugle, petite ami de Ben Grimm dans les pages de Fantastic Four (FF # 1 (1961) & 8 (1962))

Cela est moins connu mais la propre fille de Bill Everett est née aveugle et n’a recouvert la vision qu’après plusieurs années grâce à une opération.
Dans une interview de 1998, elle affirme qu’elle compensait son handicap par une ouïe particulière fine : « I have a very finely attuned sense of hearing and sound. So when someone comes down the hall, I know who it is. » <22>

Dans Son of Origin, Stan n’évoque nullement cette coïncidence mais cite comme inspiration à la cécité de DD, les romans du détective aveugle « Duncan Mclain » crée par Baynard Hardwick Kendrick (1894-1977).

Premier d’une série de 13 romans, « The Last Express » (1937) introduit un détective aveugle assisté de son partenaire et de leur secrétaire. Il est également aidé de deux chiens (Schnuke and Driest) qui le guident et le défendent à la fois. Les aventures de Duncan Mclain seront adaptées plus ou moins fidèlement sur grand écran (The eye in the night – 1942 & the hidden eye – 1945).

Kendrick expliqua qu’il avait été impressionné par les capacités d’observation d’un ami soldat aveugle qui l’avait amené à inventer son personnage.
On peut néanmoins être amené à douter de cette version car Duncan Mclean est loin d’être le premier détective aveugle de la littérature. Mais avant cela un petit retour en arrière s’impose.

Dans les légendes antiques, la cécité était souvent due à une malédiction ou une punition divine, au mieux compensé par un pouvoir de divination qui amenait l’idée que la perte de ce sens permettait d’accéder à une autre sorte de vision.

Au moyen-âge ; le statut de l’aveugle met l’accent sur son aspect misérable et sa faiblesse à la fois de corps et d’esprit. On associera également la noirceur de sa vision à celle de son âme faisant des aveugles des personnages potentiellement maléfiques. <13>
A l’opposé, une autre personnification plus positive de l’aveugle fait également son apparition celui du bouffon ou du ménestrel. (C’est d’ailleurs cette facette que Gaiman calquera sur sa version de Daredevil de 1602).

L’idée d’un aveugle doté de capacités supérieures commença ainsi à faire son apparition.

Au long des siècles, des aveugles célèbres prouvèrent également que leur handicap n’était pas un frein à leurs importantes fonctions (Louis III l’aveugle, Jean 1er de Bohème, le juge « Sir John Fielding » Nicholas Saunderson, John Metcalf …)

A l’approche du siècle des lumières, on s’intéressa à la cécité d’un point de vue médical (premières constatations scientifiques sur la cécité ou les mécanismes de la vision). De ces premiers textes, ressortait le constat que les perceptions des aveugles étaient plus importantes que la moyenne. « L’aveugle d’Argenteuil – une anecdote normande » décrit notamment comment un aveugle témoin d’un meurtre reconnut parmi 19 criminels au son de leur voix celui qui l’avait agressé mais épargné en pensant qu’il ne pourrait jamais le reconnaître. (J’ai d’ailleurs visionné un épisode de NCIS Miami qui reprend presque exactement la même situation)

Deux autres exemples symptomatiques de cette vision « surhumaine » de l’aveugle dans la littérature.

En 1891, dans « La Compagnie Blanche », Arthur Conan Doyle, raconte l’histoire d’Andreas l’aveugle embauché pour trouver l’entrée d’un tunnel souterrain secret menant à une forteresse uniquement grâce à son ouïe. (Histoire reprise en 1904 dans « Sir Nigel).

En 1904, parut une nouvelle de HG Wells « The Country of the Blind » racontant l’histoire d’un alpiniste – Nunez- tombant par hasard sur une cité perdue et isolée dans les montagnes dont les habitants étaient tous aveugles de naissance depuis des générations.

Sans possibilité de partir et dans l’incapacité de faire comprendre le concept de la vue à ce peuple, il finit par être mis à l’écart. Contraint à perdre la vue par amour pour une jeune femme, il trouva un moyen de quitter le village au dernier moment.

Au cours du 19ème siècle, l’invention et la généralisation du braille permit à bon nombre d’aveugle d’accéder des positions sociales qui leur étaient interdites auparavant.
Un homme en particulier fit sensation au début du 20ème siècle : le chirurgien « Jacob W. Bolotin » qui non seulement avait fini avec succès ses études de médecine malgré son handicap mais également était une référence dans sa spécialité.


Les articles sur lui racontent également qu’il était capable de déterminer la température d’un patient par simple toucher à la fraction de degré prés, de calculer les pulsions du cœur sans montre, de reconnaître prés de 2000 personnes à leur voix etc. Il est difficile de faire la part des choses entre la réalité et la fiction dans cette description extraordinaire.

Il n’en reste pas moins qu’il est l’inspiration directe de celui qui est considéré comme le 1er détective aveugle de la littérature : « Thornley Colton » dit « The Problemist »

Son créateur Clinton H. Stagg cite le docteur Bolotin comme une forte inspiration dans la préface du recueil <14> de ses nouvelles du détective Colton appelé aussi « the Problemist » car capable de résoudre tous les cas qui se présentent à lui. Il retranscrit également les propos d’un membre d’un club pour aveugles « The lighthouse ».
En introduction, il explique qu’il lui a fait relire son livre à partir des épreuves frappées à la machine, ce dernier a pu ainsi les lire par simple toucher sur l’envers de la feuille ! (il se dit même capable de détecter un cheveu a travers plusieurs épaisseurs de tissus)

Ses commentaires sont les suivants :

« Colton is quite clever — mentally and analytically. But not remarkable for his physical abilities, for he is usually accompanied by a man to guide him, his secretary. […] It’s a lot safer for me to cross the crowded streets than it is for a person who can see. Every accident you ever heard of is caused by a pedestrian failing to see an automobile or car behind him,[…] . That couldnt happen to me. My ears, twice as keen as the average, and trained to locate sounds, tell me instantly everything that is happening on all sides of me, back or front, left or right. The man who can see, sees only in one direction; I have eyes in every part of my head. »
(Quelqu’un à dit «hypersens et sens radar » ? ^^)

On sent bien que Stagg tente de justifier les capacités de son héros par des exemples réels car Colton fait preuve de capacités sensorielles dignes de Daredevil.

Les aventures de « Thornley Colton » furent publiées pour la première fois dans « People’s Ideal Magazine » en février 1913. Stagg mourut dans un accident de voiture en 1916 à l’âge de 28 ans.

Preuve d’une certaine notoriété, son personnage fut cité et parodié dans le livre d’Agatha Christie « Partners in crime » en 1929 mais tomba malgré tout dans l’oubli.

Si Colton est considéré comme le premier détective aveugle, le second le suit de 8 mois: en octobre 1913 Ernest Bramah publie les aventures du détective aveugle Max Carrados dans News of the World.

Max Carrados fait preuve lui aussi de capacités extraordinaires (lecture des caractères d’un livre avec les doigts …) mais d’un niveau moindre que Colton. Max Carrados laisse une trace plus marquante et ses aventures furent même adaptées à la radio.

Ces deux personnages présentent un réel potentiel et pourraient parfaitement s’intégrer à la league des gentlemen extraordinaires d’Alan Moore.
On peut également citer un troisième limier atteint de cécité : Damon Gaunt créé par Isabel Ostrander en 1915.

Et un quatrième, en 1931 en Allemagne : Billy Dogg, un détective Viennois parcourant le monde accompagné de son chien (le chainon manquant avec Ducan Mclain ?)

En 1971, une série télévisée reprit le concept du détective aveugle et de son chien : Longstreet. Le look du héros, Mike Longstreet, n’est pas sans évoquer celui de Matt Murdock à la même époque.

Cet idée du héros aveugle et de son chien a bien failli rejaillir sur Daredevil sous la forme d’un dessin animé qui ne verra jamais le jour au début des 80’s. <15>

Peut-être inspiré par cette anecdote, Karl Kesel introduira « Deuce the devil dog » dans DD#361 sous forme humoristique.

Deuce sera rapidement transféré dans la série Deadpool.

Daredevil est donc d’une certaine manière l’héritier de ces détectives aveugles, mais pas seulement.


Matt Murdock et Foggy Nelson sont aussi détectives dans la minisérie « Daredevil Noir » en 2009

Les pulps prirent la révèle à la suite de l’âge d’or des histoires de détectives. En juillet 1939 dans les pages de « Black Book Detective », Norman Daniels ( G. Wayman Jones) introduisait le personnage du justicier « Black Bat », l’avocat Anthony Quinn dans le civil.

Si visuellement, le personnage tend plus vers Batman, son origine le place dans la lignée des justiciers atteint de cécité. Défiguré et aveuglé par une attaque à l’acide, il retrouve la vue grâce à une greffe de cornée (d’un policier mort). Quinn retrouve non seulement la vue mais il hérite également d’une vision nocturne et de sens surdéveloppés. Cette vision nocturne le rapproche d’ailleurs du Nyctalope, prototype français du super-héros crée par Jean de la Hire en 1911.

Après être tombé dans les limbes des pulps, le perso connaît une nouvelle adaptation moderne en comics et en film.
(Note : cette attaque à l’acide, vitriolage, se retrouve également dans l’origine d’un ennemi « pulps » de Daredevil : Copperhead ». – mais nous y reviendrons)




Origine de Copperhead – DD # 124 – 1975

L’origine de Black Bat sera reprise pour un personnage en comics : The Mask dans Exciting Comics # 1 – 1940. Un avocat est aveuglé à l’acide par des gansters. Operé, il retrouve la vue mais le cache. Il continue à jouer les avocats aveugles et mène en parallèle une vie de justicier contre ceux qui l’ont aveuglé : ‘The Mask »


En avril 1941, dans All American Comics# 25, un personnage nommé Dr Mid-Nite (Charles McNider), crée par. Charles Reizenstein & Stanley Josephs Aschmeier. Chirurgien, il est victime d’un attentat à la bombe qui l’aveugle mais il s’aperçoit plus tard qu’il a hérité d’une vision inversée : il voit dans le noir. Prenant comme totem le hibou (futur symbole d’un ennemi de Daredevil) et doté d’une paire de lunettes qui lui permette de voir le jour également, il se lance dans une carrière de justicier qui se poursuit jusqu’à nos jours.


« Aucun doute possible, chef ! Dr Mid-Nite est Matt Murdock ! »

Dernier justicier aveugle répertorié, « Nightro » [Hugh Goddard] qui apparaît dans les pages de … Daredevil de Lev Gleason. (Daredevil Comics #2 d’Aout 1941).

Les origines de Nightro sont similaires à celles de ces deux prédécesseurs : Aveuglé par un composé radioactif alors qu’il tentait d’empêcher un vol, Goddard peut voir dans la nuit grâce à des lunettes spéciales. Son look est assez proche du Dr Midnite. Il se différencie surtout grâce à son chien « blackie ».

Bien moins connue que le Dr. Midnite, Nightro disparaitra des pages de Daredevil après 8 numéros. Il est un curieux mix entre les versions antérieures des justiciers aveugles Dr Midnite / Duncan Mclain mais porte en lui également l’idée de pouvoirs dus à la radioactivité.

Comment ne pas clore cette lignée de héros aveugle sans parler de « Zatoichi ». Série de films japonais situé au 19ème siècle mettant en scène un masseur aveugle qui se révèle être un justicier redoutable. Armé d’un sabre caché dans sa canne, ses sens hyper-développés lui permettent de sortir vainqueur de tous ces combats. Le personnage a eu droit à de nombreuses adaptations en séries TV, manga et films.

Inspiré d’un film de 1960 et diffusé au cinéma au Japon en 1962, il est peu probable qu’il ait pu avoir une influence dans la création du Daredevil de Stan Lee mais son influence sur la version de Frank Miller est par contre indéniable. Cet apport de la culture asiatique dans l’univers de Daredevil marquera définitivement le personnage jusque dernièrement dans l’arc Shadowland.


Zatoichi est une variation du mythe de l’aveugle surdoué associé à celui du vagabond. Il est en effet classé dans la grille la plus basse de la caste des aveugles établi au Japon et son rôle de masseur le place socialement au même rang qu’un mendiant.

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Avant dernière pierre de l’édifice, le contexte de la boxe : l’héritage du père.

Il n’est pas aisé de savoir qui de Kirby, Lee ou Everett ait opté pour ce milieu. Rien dans leur carrière ou vie personnelle ne semble les relier à ce sport.

Les premières cases de Daredevil donnent néanmoins quelques indices notamment la première : la façade du Fogwell’s Gym. Les noms des affiches de boxes reprennent les noms de boxeurs bien réels :


Fogwell’s Gym (DD#1)


Benny Leonard (1896-1947)


Le Match Romero / Carson – 1950
http://www.britishpathe.com/video/bo…omero-v-carson


Manuel « Kid Capitan » Gimenez – 1920-1930

Et même si Stan Lee a fait refaire en partie le lettrage, il est peu probable que cela ait touché les inscriptions des décors. Il est donc fort possible que ces références de sport viennent de Bill Everett.

Le costume de Daredevil est construit de manière très classique pour Kirby. La symétrie des couleurs gants/bottes/justaucorps.

De la bouche même d’Everett, c’est Kirby qui a créé la base de Daredevil (y compris son billy-club dont l’étui évoque celui du revolver de Two-gun-kid ou Rawhide kid dessinés par Kirby.) <16>

Mais Bill indique néanmoins qu’il a apporté sa touche au costume de Daredevil.
Peut-être l’idée des cornes ?

Mais si Bill est à l’origine des références de boxe, il serait également logique qu’il ait ajouté les détails concernant les bottes de boxe (ou de catch) et les undergloves de boxe ainsi que le t-shirt /marcel typique du look d’entrainement des boxers.
On notera de plus que ces détails vestimentaires seront très rapidement oubliés. Les boutons des bottes et gants disparaissent dés le #2 (Bob Powell) dans le comics et dés le #3 sur la couverture (Kirby signe pourtant les 5 première couvertures de Daredevil) ; ce qui renforcerait l’idée que ses apports étaient d’Everett. (Évidemment ça reste une hypothèse)

L’ambiance très « film noir » du premier numéro de Daredevil et son histoire évoquent plusieurs films de boxe assez connus.

-The Champ (1931)
L’histoire d’un ex-boxeur devenu alcoolique qui remonte sur le ring pour retrouver l’admiration de son fils et sa propre estime. Après un combat très serré, il réussit néanmoins à vaincre son adversaire à la grande joie de son fils mais meurt de ses blessures dans le vestiaire.

-The Set-up (1949)
Un boxeur sur le point de raccrocher refuse de laisser gagner son adversaire lors d’un combat truqué et aura la main brisé en représailles. C’est l’adaptation d’un poème noir du même nom de 1928 de Joseph Moncure March

– Requiem for a Heavyweight (1962) :
Un ex-poids lourd de la boxe sur le déclin se voit contraint se reconvertir dans le catch

Dans les comics, on retrouve des personnages de boxeurs comme « Kayo Kirby » (1941), « Wilcat » (1942) et « Whirlwind, The Blond Bomber » dans les pages de Daredevil Comics # 2 en 1941 (le même comics où on introduit Nightro, décidément …)


Whirlwind, The Blond Bomber

Bien que n’ayant sans doute pas de lien direct avec la création de Daredevil, je ne peux pas passer sous silence le sérial muet de 15 épisodes « Daredevil Jack » (traduit en France par « Jack sans Peur ») de 1920 avec dans le rôle titre le célèbre boxeur « Jack Dempsey ».

Le rôle lui collera à la peau et Daredevil Jack restera un de ses surnoms.

Le n°2 comporte également un match de boxe (on ne se refait pas). La carrière de Jack Dempsey au cinéma ne survivra pas au cinéma muet, Jack étant meilleur boxeur qu’acteur.

Il faudra attendre Miller pour que cet héritage paternel soit véritablement utilisé dans la série.

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Dernière pierre de la mystique Daredevilienne : le diable.

Si la représentation d’un diable cornu et rouge n’est pas récente, l’idée d’un diable à forme humaine prenant contact directement avec des simples mortels est apparue progressivement vers le 19ème siècle notamment avec l’adaptation théâtrale de la légende de Faust par Goethe qui a laissé une trace dans sa représentation moderne.

L’accoutrement de Mephistopheles laissera sa marque.

Le diable revient souvent comme menace des héros des pulps, il devient un adversaire passe-partout qu’il soit un homme déguisé ou une véritable représentation du mal.

Deux représentations sortent du lot :

Captain Satan, une sorte de robin des bois qui utilise l’image du Diable pour effrayer ses ennemis. Son existence fut de courte durée mais trouva une suite sous une forme comics dans Zip Comics # 1.

Le héros s’appelle désormais Mister Satan et s’habille presque comme le Daredevil de Marvel mais selon Xavier Fournier il s’agit bien du même personnage. <17>

Dr Satan.

Scientifique génial et maléfique, mixant science et magie, hanté par le gout du pouvoir (une sorte de Fantomas après l’heure et de Dr Doom avant), Dr Satan est apparu en aout 1935 dans de « Weird Tales » sous la plume de Paul Ernst.

Le personnage ne disparaitra après quelques numéros mais le nom de « Dr Satan » sera réutilisé pour un film/serial de 1940 « Mysterious Doctor Satan ». Ce Dr Satan est un criminel scientifique qui tente toujours de dominer le monde. Il est contré par Bob wayne aka The Copperhead.<18>

Bien que le lien entre ce Dr Satan et celui des pulps reste encore à prouver, il est établi que le look du Dr Satan du film aurait du être très proche de son prédécesseur <19> avant que les producteurs changent d’avis. A prés de 35 ans d’intervalle, on donc faillit assister à un combat entre un Copperhead primitif et un lointain cousin de DD.

Pour l’anecdote, le film est en fait un recyclage d’un projet prévu pour un « Superman » abandonné pour des questions de licences. Ce qui est d’autant plus drôle c’est que le scénario de la suite prévue pour Dr Satan ait apparemment été réutilisé pour « Captain America – the Purple Death ».<20>

Autre cousin : Red Devil (Black Cat Comics #4, en février 1947 par Bill Draut) en réalité le Juge Straight au civil.<21>

 


Curieux air de ressemblance avec Mr. Satan/Red Devil dans What If #19

Peu présente dans le look du personnage à ses débuts, cette identification sera de plus en plus flagrante notamment dans les incarnations alternatives de Daredevil.

Nocenti poussera le concept du héros qui ose se confronter au Diable « Dare Devil » de façon littérale introduisant Méphisto[-pheles] dans la série (nième incarnation du personnage dans la fiction du XXème siècle)

Bien que décriée, l’évolution de Daredevil en Démon dans l’Arc « Shadowland » semble finalement presque un passage obligé pour le personnage.

Sim Theury
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Sources
<1> « Marvel Comics :The Untold Story » – Sean Howe – 2012
<2> « Alter Ego # 46 » – Bill Everett Interview par Roy Thomas
<3> http://www.povonline.com/jackfaq/JackFaq4.htm – What did Jack do on the first stories of Iron Man and Daredevil?
<4> http://en.wikipedia.org/wiki/Bill_Everett
<5> « Marvel Comics :The Untold Story » – Sean Howe – 2012
<6> http://web.archive.org/web/200709291…oeFridays4.htm
<7> http://www.formspring.me/TomBrevoort…12428897141454
<8> http://www.povonline.com/jackfaq/JackFaq4.htm – What did Jack do on the first stories of Iron Man and Daredevil?
<9> http://kleinletters.com/Blog/?p=12626 – Daredevil logo Study
<10> http://themarvelageofcomics.tumblr.c…y-bill-everett
<11> « Son of Origin – Stan Lee »
<12> « Marvel Comics :The Untold Story » – Sean Howe – 2012
<13> Litterary profile of historical and traditional depictions of the physically blind : a general survey  – Robert A. Hunter, Jr – 1997
<14> Préface de « The Silver Sandals » – 1916
<15> http://www.manwithoutfear.com/daredevil-cartoons.shtml – « Comics Feature » #33, 1985
<16> http://www.povonline.com/jackfaq/JackFaq4.htm – What did Jack do on the first stories of Iron Man and Daredevil?
<17> http://www.comicbox.com/index.php/ar…ics-1-fev-1940
<18> http://en.wikipedia.org/wiki/Mysterious_Doctor_Satan
<19> http://en.wikipedia.org/wiki/Mysterious_Doctor_Satan « Henry Brandon was originally intended to play the part of Doctor Satan while wearing a regular devil costume »
<20> http://allpulp.blogspot.fr/2011/08/l…ooking-at.html
<21> http://www.comicbox.com/index.php/ar…air-de-famille
<22> http://twomorrows.com/comicbookartis…02everett.html

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